On peut effectuer une distinction entre deux types de texte fondée sur l'opposition lacanienne du plaisir et de la jouissance : soit l'on fait du texte, de son écriture comme de sa lecture une pratique répondant à la fonction régulatrice du principe de plaisir ; soit l'on ouvre par le texte la brèche de la jouissance, de la grande perte subjective, identifiant alors ce texte aux moments les plus purs de la perversion, à ses lieux clandestins?. Notons d'emblée cette référence à la perversion que Barthes avec d'autres n'assimile pas à une structure clinique mais plutôt à une forme générale de subversion des modèles productifs sociaux. A l'intérieur de cette forme, par contre, il serait possible d'établir une sorte de typologie des plaisirs de lecture où l'on verrait par exemple le fétichiste et sa manie du mot, du segment découpé ; l'obsessionnel et son attachement à la lettre ainsi qu'aux langages désincarnés ; le paranoïaque avec ses constructions retorses ; l'hystérique qui prend le texte pour argent comptant, se jette à travers le texte... Mais ce qui est pervers en général, dépassant par-là le stade du plaisir, c'est de proposer le plaisir comme fin, et donc de remplacer le principe de production par celui de consommation. Barthes utilise alors une métaphore qui s'impose à tous : L'écrivain est quelqu'un qui joue avec le corps de sa mère (...). J'irai jusqu'à jouir d'une défiguration de la langue (...). La perversion subversive ou la subversion perverse va au-delà de la simple contestation formelle voire formaliste qui ne fait qu'inverser les valeurs
établies ou s'inscrit naïvement dans la marche d'un progrès. Barthes cite alors comme exemple de subversion subtile, d'évitement radical de la norme, l'écriture de Georges Bataille dont il nous dit qu'il n'oppose pas à la pudeur la liberté sexuelle, mais... le rire. Du point de vue de la jouissance, opposé à celui de la connaissance ou même de l'esthétique, le critère majeur est celui de l'opposition entre l'exception et la règle, soit entre le Nouveau et l'Ancien. Le Nouveau c'est la jouissance écrit-il. Freud le pensait également à propos de la sexualité chez l'adulte.
